Pourquoi dessiner à l'heure de L’Intelligence Artificielle ?
À l’heure où l’IA peut générer une infinité d’images, même en quelques secondes, pourquoi continuer à apprendre à dessiner ? Créer ne consiste pas seulement à produire une image. Il faut savoir regarder, penser, choisir et donner du sens. Notre manifesto dédié propose d'y répondre en 10 points.
À Penninghen, le dessin est au centre des apprentissages depuis toujours et tout au long de la formation. Il n’est pas considéré comme un simple outil technique. C’est avant tout un langage qui permet de penser avec la main, d’explorer une idée, d’expérimenter, de se tromper et de recommencer. Sa pratique régulière développe l’intuition, aiguise la sensibilité et le regard, et construit progressivement une écriture personnelle nourrie par la culture, l’expérience et l’émotion.
Si l’Intelligence Artificielle transforme les outils de création - et a fait l'objet d'un cycle de conférences À Penninghen, elle ne dispense pas de savoir ce que le créateur cherche à exprimer. Plus les technologies facilitent la production d’images, plus la capacité à formuler une intention, à mettre en forme une idée, à faire des choix et à construire une vision singulière devient essentielle. Le dessin ne s’oppose donc pas à l’IA mais il donne au créatif les moyens de l’utiliser avec discernement.
Apprendre à voir
Le dessin commence par le regard et se construit par le geste. À travers une pratique régulière, l’œil et la main apprennent à travailler ensemble. Proportions, perspective, lumière, volumes, composition ou matières deviennent progressivement des réflexes.
En première année, comme le raconte notre manifesto "Pourquoi dessiner à l'heure de l'intelligence artificielle ?", les étudiants de Penninghen observent plâtres, objets et modèles vivants à travers le dessin académique et le croquis. Ces exercices développent la précision, la concentration et l’esprit de synthèse. Ils apprennent à comprendre les formes et les volumes pour pouvoir ensuite les interpréter.
Dessiner ne signifie pas seulement reproduire ce que l’on voit, c’est apprendre à voir pour pouvoir concevoir.
Visuel : “Un nu”, photographie de Peter Knapp, 1993
Dessiner pour penser
Le dessin intervient également en amont de la création. Avant d’être une image aboutie, il peut être une esquisse, une intuition, une association d’idées ou une ébauche d’hypothèse. Le dessin permet de rechercher, aide à développer un concept, invite à structurer un message et à faire émerger progressivement un projet.
L’illustration, le langage graphique et l’approche de l’espace prolongent cette démarche comme l’illustre notre manifesto "Pourquoi dessiner à l'heure de l'intelligence artificielle ?". À Penninghen, les étudiants expérimentent les formes, les signes, les couleurs, les matières et les volumes pour construire leur propre vocabulaire visuel.
Cette pratique répétée transforme peu à peu le dessin en un véritable langage, un moyen de mettre une pensée en forme.
La main comme signature
À mesure que les outils numériques et l’IA se développent, la maîtrise du geste conserve une valeur particulière. Une ligne, un cadrage, une proportion ou une manière de traduire une lumière portent la trace de celui qui les réalise.
Le dessin contribue ainsi à construire une signature personnelle. Il ne s’agit pas de chercher à dessiner parfaitement, mais de développer une manière singulière de regarder et d’interpréter le monde. C’est ce que deviennent les créateurs formés à Penninghen comme le montre les exercices présentés dans le mannifesto, et c’est pour leur vision qu’ils sont choisis, remarqués, engagés sur des projets ou encore concepteurs.
Plus les outils permettent de produire facilement, plus il devient important de savoir observer, choisir et donner du sens. Le dessin forme l’œil, éduque la main et construit une écriture personnelle. Dessiner, c’est apprendre à voir. Voir, c’est apprendre à concevoir.
Visuel de gauche : En sculpture, un épannelé désigne un bloc de pierre ou de marbre dégrossi, dont les grandes lignes du sujet sont déjà dégagées par une taille en plans, avant le travail de détail. C’est une étape préparatoire importante : elle permet de poser les volumes principaux et de préparer la mise en forme finale de la sculpture.
Pourquoi dessiner à l'heure de l'intelligence artificielle ?
Timo Bechert
Cours de dessin d'observation